Président du studio BlackMeal / Blog sur les tendances du Motion Design et de la vidéo en général

Motion designers / Entrevues : Tim Soret

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Quel âge as-tu ?
Je viens de fêter mes 25 ans, 1m74, homme, hétéro, je ne fume pas malgré la photo, j’ai toutes mes dents et tous mes neurones.

Où travailles-tu ?
Je me positionne en tant que réalisateur motion designer / directeur artistique freelance. Je suis en freelance depuis mes 19 ans. Du coup, je travaille dans mon salon, où j’ai aménagé un espace pour mon Mac Pro, un écran étalonné, une tablette graphique et tout ce qu’il me faut pour bosser correctement.

Un taf que tu as fait dont tu es le plus fier ?

Pas spécialement.

D’une parce que je suis un éternel insatisfait, et comme tout bon perfectionniste, j’ai du mal à vraiment aimer ce que je produis. J’ai toujours l’impression d’être en dessous de ce que je pourrais atteindre, même si je sens bien que mon niveau progresse d’année en année.

De deux, parce que j’ai rarement le temps, l’envie, les moyens, ou les clients pour arriver à ce que j’aimerais. Par exemple, le projet le plus costaud que j’ai pu sortir, c’est mon dernier passage chez Blackmeal pour Rayban (c’était bien cool d’ailleurs de t’avoir parmi nous !)

et bien que j’en sois particulièrement fier, il n’est qu’à 30% de la vision que j’avais dans ma tête en commençant le projet, comme quasiment chaque vidéo que je termine. Mais je pense que l’insatisfaction, c’est mon moteur principal pour me pousser à m’améliorer, me challenger en permanence, et tester des choses à chaque nouvelle vidéo.

Je pense du coup que le taff dont je suis le plus fier, c’est mon showreel 2010. Même s’il a presque 4 ans maintenant (ce sont des travaux de 2009), il fonctionne encore, et l’intégralité de ma vie actuelle découle de ces 60 secondes et de ce qu’elles m’ont apporté. Ce showreel a beaucoup participé à me faire connaître dans le milieu, m’a permis de dégotter un appartement, de voyager dans le monde, de rencontrer des gens passionnants, de donner des cours, de participer à des dizaines de projets très variés, et c’est ce qui fait que j’ai une affection particulière pour lui.

Le meilleur brief qui te serait proposé ?

Qu’on me débloque un budget et carte blanche pour créer une série de courts métrages d’animation 2D aussi léchée que les gobelins, si ce n’est carrément plus, dans un format de 3-4-5 minutes, me permettant d’explorer des mondes étranges, évocateurs, oniriques, d’y mettre des détails charmants, et de peupler tout ça de personnages fascinants et d’animaux étranges, en collaborant pour chaque épisode avec des artistes que j’adore partout dans le monde. Ou bien de fonder l’équivalent du Studio Ghibli dans le jeu vidéo.

Un taff en motion que tu as particulièrement apprécié ces derniers temps ?

Il y a pas mal de choses que je trouve intéressantes, mais dans l’ensemble, ça fait longtemps que je me suis pas pris une vraie grosse gifle, j’ai l’impression qu’on tourne tous en rond dans le milieu. Les modes viennent au rythme des plugins et des innovations techniques, puis s’en vont. Les particules flottantes, la profondeur de champs à tout va depuis le 5D, le slow motion, les hologrammes, le low poly, le look papier, l’étalonnage bleu & orange, les mains qui manipulent des éléments graphiques, et tous ces « styles » de motion ne sont que des recettes (que je pratique moi-même d’ailleurs), qui sont de moins en moins personnelles, mais qui ont le mérite d’être efficaces devant des clients à la culture graphique souvent « pauvre ». Du coup, je m’intéresse de moins en moins à l’actualité du motion design à vrai dire. J’aime bien les projets qui fleurissent de la tête d’une seule personne, sans compromis, chose qu’on retrouvait souvent avant que le motion design ne se démocratise réellement

Voilà un projet que j’avais trouvé fabuleux, très personnel et délirant, un clip de Blockhead de 2010, bien qu’il n’ait rien d’exceptionnel techniquement :

Sinon, parmi les travaux fondateurs pour moi, il y a ces trois vidéos de Pierre Michel lorsqu’il s’est vraiment fait connaître :
Fire Flower

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AVP

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Polar

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Récemment, j’ai adoré la dernière pub Honda

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et le dernier clip de Bjork

Un film à conseiller au cinéma ces derniers mois ? Pourquoi ?

Jurassic Park. Parce que les dinosaures. Parce que le T-REX. Parce que j’ai grandi avec. Parce qu’en dehors des coiffures, des fringues, et de quelques raccords et principes de mise en scène, le film n’a pas vieilli d’une ride, et surtout pas les effets spéciaux hallucinants et toujours irréprochables aujourd’hui, alors que le film date de 1993 soit plus de vingt ans. C’est un bon moyen de garder la tête froide, de rester humble et de se dire qu’il y a vraiment des pionniers qui nous ont mâché tout le travail pour qu’aujourd’hui sur des machines grand public et des logiciels abordables on puisse faire ce métier. J’aime tellement le film et je suis tellement fou de dinosaures que je me suis offert une tonne de figurines :
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Quelle est ta définition du motion design ?

A mon sens, l’utilisation du mot motion design est vaste, trop vaste peut-être. Est-ce que les effets spéciaux au cinéma sont du motion design ? Est-ce qu’un court métrage 2D des gobelins c’est du motion design ? Ou est-ce que le motion design c’est juste animer des calques et de la typo ? Le curseur est difficile à placer, tant les frontières s’atténuent avec le temps, tant il y a de porosité entre ces différents domaines d’expertises, et tant il y a de styles possibles. La 2D à la main, la 2D sur ordinateur, l’animation, la direction artistique, la 3D, le film, le tournage, l’étalonnage, l’éclairage, le rythme, le montage, tout cela peut faire parti de la palette de compétences d’un motion designer, et pourtant il existe un métier spécialisé pour chacun de ces domaines. J’aurais tendance à prendre donc le mot au terme le plus large : le motion design rassemble tous ces milieux là lorsqu’ils sont regroupés au sein d’un même projet. Séparez-les, faites un projet d’animation 2D uniquement à la main ou faites un tournage brut sans post production, et cela n’est plus du motion design.

Quel type de motion designer es-tu ?

D’abord, je me définirais comme un motion designer plutôt typé dans le réalisme. Les directions artistiques très graphiques, typées print ne sont pas particulièrement mon fort. J’ai pas de feeling avec ces éléments, et je crois que je pourrais rien y faire. En revanche, dès qu’on doit faire des choses qui ressemblent à ce que nos yeux peuvent voir dans la vraie vie, qu’on cherche à jouer avec de la lumière, de l’ambiance, de la matière, là je suis dans mon bain.

Ensuite, je suis un homme à tout faire : je touche à tout, mais au lieu de tout survoler de façon superficielle, j’essaie d’aller au plus profond de chaque découverte. Autre point crucial, mon parcours ayant commencé dans le web, j’ai aussi appris à coder très sérieusement. Sur des années de travail et d’entraînement, tout cela m’a procuré de très bonnes notions de matte painting, d’animation par le code comme par les keyframes, de procédural, de photographie, de caméra, de lumière, de perspective, de particules, de camera mapping, de character design, de concept art, de compositing. J’ai aussi une parfaite compréhension de ce qui se passe en 3D même si j’ai très peu de pratique : je sais qu’un jour je finirais par y aller, lorsque je considérerais que j’ai atteint mes limites et que les softs 3D seront un peu plus temps réel et permettront de travailler de façon un peu plus empirique. Dans l’ensemble, j’ai une donc une maîtrise et une vision globale et non spécialisée de la création, et c’est cette agilité ce qui me permet d’être dans la direction artistique globale, de bosser facilement avec tous les corps de métier, de parfois les conseiller et les orienter, et d’intervenir partout où il manque un savoir faire dans une production.

Où te vois-tu dans 5 ans ?

A la tête d’un projet personnel qui plaira au grand public, au lieu de travailler pour des marques et les aider à vendre leur yaourts et leurs plans d’épargne. Je prépare d’ailleurs cette transition depuis un moment, puisque je suis en train de travailler sur mon propre jeu vidéo, Behind Nowhere, épaulé par mon frère, Adrien. Pour ceux que ça intéresse, vous pouvez en voir plus ici :
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Sinon, idéalement, je pense que j’aurais fondé une entreprise. Et puis, une famille, un chien, des amis, des voyages. Et peut-être tout ça à la fois hors de France, par ailleurs. Et si parallèlement je pouvais continuer à créer des vidéos, à pousser encore ma maîtrise de tous ces éléments, et notamment à mettre un vrai pied dans la 3D, ce serait parfait.

Bière ou Mojito ?

Un très bon mojito.
Mais je préfère une bière qu’un mauvais mojito.

Charcuterie ou fromage ?

Fromage. Plus ça pue, plus c’est bon signe.

Pilule bleue ou pilule rouge ?

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Si je répondais bêtement et si j’étais dans un film, je dirais pilule rouge évidemment, je rejoindrais la résistance et j’irais botter le cul des robots. Maintenant si je réfléchis deux secondes, et que je suis réaliste, je crois que je préfère vivre dans une réalité artificielle sans le savoir, qu’un monde réel dévasté et sans espoir qui vous retire tout plaisir de vivre. En dehors de Néo et de ses proches, je doute de la qualité de vie des habitants de Scion. Et la bouffe a l’air atroce.

C’est quoi cette histoire de scandale avec Mathieu Kassovitz ?

C’est très simple. Twitter est un outil fantastique, malheureusement les gens s’en servent pour commérer et bavarder inutilement la plupart du temps. La pire période étant les élections présidentielles de 2012, lorsque les gens n’avaient plus que ça à la bouche : acteurs, réalisateurs, dessinateurs, musiciens, game designers, tous ces gens qui pourraient avoir des choses géniales à partager sur leur passion, préféraient tous y aller de leur petit avis brouillon et de leurs remarques mesquines sur untel ou untel.

Dans un accès de dépit face à ce que je lisais, j’ai finis par écrire à Mathieu Kassovitz, avec une tournure de phrase bien dans son style :

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Lequel a retweeté mon message afin que sa horde de fans enragés me tombent dessus et me saturent de messages d’insultes. L’aspect drôle de la chose étant que j’ai vu la quasi intégralité de ses films, et que depuis la Haine, je trouve qu’il n’a pas vraiment réussi à faire des choses intéressantes. Mais le plus dommage c’est qu’effectivement, lorsqu’on follow des gens qui créent des choses, on a envie qu’ils nous en parlent, nous fassent découvrir les coulisses, nous fassent rêver, nous excitent avec leurs prochains projets, qu’on sente leur énergie, leur passion. Or j’ai l’impression que beaucoup de ces personnes se servent de Twitter d’une façon beaucoup moins constructive, beaucoup plus puérile, et cette histoire en est un beau témoignage.

Merci Tim. Et à très vite sur un nouveau projet Blackmeal 🙂

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  1. Motion designers / Entrevues : Paul-Guilhem Repaux | Matthieu Colombel / Motion Design - 17 novembre 2013

    […] commencé très jeune a bidouiller des images, comme Tim que tu as interviewé précédemment. Donc quand il a fallu des études, je me suis souvent perdu […]

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