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Les recettes pour réussir un échec commercial, au cinéma.

Prenez 10 minutes de votre temps pour lire cet article.

Quel est le point commun entre Le monde de Nemo, Wall E et John Carter ? Disney, c’est vrai, mais encore ?

Et bien c’est la même personne qui a réalisé les 3 : Andrew Stanton, ancien animateur de Pixar.
John Carter est le premier film en prise de vue réelle d’Andrew et hélas pour lui, cela à été un échec. Ohhh pas juste un simple échec de merde … noonnnn … bien pire. John Carter sera bientôt élu « le plus gros échec commercial de tous les temps »
Ce film avait tout pour séduire la société de production (Disney) : Un réalisateur qui marche dans les traces de ses compères (Brad Bird avait réalisé Les indestructibles, Ratatouille et par la suite Mission Impossible 4), un aspect visuel à la mode (Des VFX en veux-tu ? en voilà…), une bonne bande son, un livre référence d’Edgar Rice (Créateur de Tarzan) et une trilogie qui se profilait. Résultat, ils ont mis le paquet. 250 000 000 $ … et 100 000 000 $ pour la publicité… 350 000 000 $ en tout

Résultat : 100 000 000 $ de pertes. Ha ? Le même montant que pour la promotion ? OUI, Normal, c’est ce qui a tué le film

Le 19 mars 2012, Disney annonce une perte record de 200 000 000 $ sur le deuxième trimestre (la moitié étant John Carter). C’est une catastrophe : Rich Ross (président des Walt Disney Studios) démissionne … (On dit souvent cela quand on vire un big boss : il a « démissionné »)

Regardons les critiques du film : (presse et spectateurs)

Aux USA : 5,5 / 10
En France : 6 / 10
Pas terrible, mais avec ça on a son diplôme ; sans mention.
Je ne fais pas mon chauvin, mais je trouve la critique du Ouest France parfaite. Pierre Fornerod loue la réussite visuelle du film, mais reproche au récit son manque de clarté et de fluidité : il estime que le film perd à trop naviguer entre science-fiction, péplum et western et à traiter trop de thèmes à la fois, mais pense qu’il peut néanmoins satisfaire les amateurs du genre (source Wikipedia)

Et la bande son ? :
Musique de Michael Giacchino

Aux USA : 10/10
En France : 10/10
Wow O_o … Impressionnant
Olivier Desbrosses, dans le magazine en ligne UnderScores consacré aux musiques de films indique : « John Carter est probablement la partition la plus mature et la plus assurée de la (relative) jeune carrière du musicien. Et quand on connaît le niveau de qualité habituel de ses compositions, on ne peut que se dire, à l’écoute de celle-ci, que Michael Giacchino a cette fois placé la barre très haut. »
(source Wikipedia)

Ma critique du film :
C’est un film de merde, certes, un typique film de Disney. Cependant, il est divertissant. Ça se regarde tranquillement, comme un 2012, un Transformers, un Immortels ou un Choc des Titans. Ce ne sont pas des chefs d’œuvres, on ne va pas les voir pour ça. A ne pas confondre avec des Nanars. C’est de la merde, mais pas suffisamment.

Mais que s’est-il passé pour que ce soit un échec pareil ?

Voici quelques recettes pour être sûr de se planter (et ça s’apprend même à l’école dit donc …) :

1 – Choisir le nom du héro pour le titre du film… lorsque ce nom fait penser à un médecin.
« John Carter ? C’est pas le mec de la série Urgence ? » Voilà … je pense qu’on peut tout résumer à ça.
Ok, John Carter est un aventurier qui fait, étrangement, penser à Indiana Jones, Benjamin Gates ou Lara Croft … mais non, là, ça ne marche pas… Ou alors c’était pour faire comme Jonah Hex ? Super référence de film de merde.
Pourtant Edgar Rice avait appelé son livre « Le cycle de Mars » (en 1917), c’était tout de même mieux.

2 – Réaliser des trailers avec des huitres à la place des mains… et en y rajoutant, au final, de la dubstep
3 bandes annonces ont été réalisées. 3
La première a été perçue comme trop classique. C’est vrai, Musique classique, montage de base, pas de rythme et des cartons de transition à chier des bulles de savon… Plus un logo très compliqué.

Alors ils se sont dit, on va mettre plus d’action. Ils ont fait une bande annonce 2 avec la zic référence de Godzilla. Parfait pour perdre le public. Les cartons sont toujours aussi pourraves… le logo aussi

Donc, on fait une bande annonce 3
Regardons ensemble cette bande annonce … c’est pas le secret de l’échec absolu ? Le rythme est merdique, le montage est merdique, le son est merdique. Ils ont retiré les cartons et changé le logo.

Vous m’expliquez ? Le film reçoit tous les éloges de la presse pour la bande son et vous mettez du dubstep ? QUOI ? Mais c’est terminé ça !! Vous cherchez à séduire les ados ? Sans acteur pour ado ? … Dehors

3 – Faire une affiche de film « Aucun public »
Je m’explique : Le logo DISNEY est tellement présent sur les affiches qu’on se demande si c’est un film pour les enfants … mais les enfants, lorsqu’ils voient l’affiche diront que ce n’est pas pour les enfant. Le héros a la tranche d’âge d’un homme de 35 ans. les ados ne se sentent pas concernés par le film.
Résultat ? Ni les parents, ni les adolescents, ni les enfants n’ont envie de voir le film
De plus, on dirait un remake des arènes de Géonosis dans star wars épisode 2

4 – Changer le logo en plein milieu de la promotion …
Avant, cela faisait SF, avec Disney invisible ; Après ça fait enfant, avec un logo Disney présent, étrange quand même …

5 – Prendre des acteurs peu connus
Héros : Taylor Kitsch porte bien son nom… Son palmarès est impressionnant … que des films de merde … Il fallait prendre directement Nicolas Cage … c’était moins risqué.
Héroïne : Lynn Collins ? Je ne connaissais même pas … Mais son palmarès est impressionnant également. Kitsch et elle ont en commun le film X-men origins : Wolverine, je comprends mieux.
Gros méchants : Dominic West et Mark Strong (on dirait des noms d’acteurs X) Ils sont en passe de devenir des méchants de films Nanars … c’est chaud … Dans sa filmographie, West écrit qu’il a été un des gardes du palace de Padmé dans l’épisode 1 de Star Wars. Hum… Pour Mark Strong, j’avoue que son rôle dans « La taupe » le sauve un peu. Mais sinon, le reste du temps, c’est un gros méchant de base.
Le seul qui valait le coup c’était Willem Dafoe et il faut qu’il soit relayé en bestiole verte 3D … merde quoi O_o (verte parce que bleu c’était trop grillé pour l’inspiration Avatar)
Franchement ? Avec ce budget ? Vous ne pouviez pas prendre un GRAND nom du blockbuster ?

6 – Choisir un directeur artistique qui a fait la voix française de pleins de films américains…
J’aurai pu dire « s’inspirer de tout ce qui à marché ailleurs »
Oui, le directeur artistique du film est français : Hervé Bellon, connu surtout pour ses doublages. Il était le directeur artistique de Pirate des caraïbes
Pendant tout le film, je me suis dis : Ah mais ça me fait penser à tel film… Voici les films sur lesquels il est intervenu en doublage : James Bond : Jamais plus Jamais, Jurassic Park, Cocoon, Blade runner, Batman Begins, Furtif, Opération espadon, contact, armageddon, the island, SOS Fantomes, Superman 4, Dark City, Jason Bourne : l’héritage.
Ça sent le mec qui a dit : « J’ai une idée, j’ai déjà vu ça dans un autre film ! »

7 – Sortir le film en France avant les USA
Oui … vous avez bien entendu … le film est sorti en France le 7 mars, alors qu’il est sorti le 9 aux USA.
Si la communauté française est si réputée, dans le monde, pour son efficacité dans le piratage de films. Ce n’est pas pour rien.
Autant vous dire que le film (VO) était à disposition, le soir même, sur la toile et sans vouloir faire de statistiques douteuses, je pense que plusieurs dizaines de milliers de personnes avait téléchargé le film avant qu’il ne sorte dans les cinémas américains … mais bon … je m’avance peut être un peu, hein ? 🙂

8 – Choisir une date de diffusion au plus mauvais moment
Le printemps, c’est à éviter … avec les révisions pour les examens.
Souvent, pendant cette période, on évite d’aller au cinéma et de dépenser de l’argent inutilement (Une place de ciné c’est plus de 10€ aujourd’hui), en prévision des vacances d’été. Principe de base.
Mais alors là, sortir le film en même temps que The Hunger Games, qui a inondé le marché avec sa promotion… wow … il faut être taré. En parlant de ça, Brave (FR : Rebelle – Pixar) souffre un peu trop de la présence de The Dark Knight : Rises en ce moment et je pense qu’il sera perçu comme un échec de Pixar. c’est dommage, car il est vraiment excellent.

Bilan :
Pour faire un échec commercial, il ne suffit pas de faire un film de merde ; et non, il faut également foirer sa promotion.

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